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LE MEDECIN EN ZONE RECULEE : AU CŒUR D’UN COMBAT POUR LA SANTE

LE MEDECIN EN ZONE RECULEE : AU CŒUR D’UN COMBAT POUR LA SANTE

La santé ne se résume pas à l’absence de maladie ou d’infirmité. Elle correspond à un état de bien-être global, à la fois physique, mental et social. Elle repose sur plusieurs piliers essentiels tels que l’alimentation, la gestion des émotions, l’activité physique, le sommeil, entre autres. Au centre de cette dynamique se trouve le personnel de santé, garant de la prise en charge et du suivi des populations. Ce rôle devient d’autant plus crucial dans les zones reculées, où les réalités environnementales et socioculturelles imposent des approches et des techniques spécifiques.

ÊTRE MEDECIN AU SERVICE DES POPULATIONS

Être médecin est bien plus qu’un métier : c’est un mode de vie, une vocation, un engagement profond, parfois même un acte de foi.

Cette définition prend tout son sens dans les zones reculées, où l’obligation de résultats n’est que rarement proportionnelle aux moyens disponibles.

La prise en charge des maladies s’inscrit dans un « tout » qui fait partie intégrante du quotidien médical. Les difficultés d’accès aux soins, conjuguées à la non-information ou à la désinformation des populations souvent liées au faible niveau de scolarisation, à l’accès limité aux réseaux sociaux et à certaines attitudes socioculturelles constituent de véritables freins aux actions de santé.

DES ACTIONS MULTIPLES ET COMPLEMENTAIRES

Les actions menées par le médecin en zone reculée sont variées et touchent plusieurs domaines.

Sur le plan promotionnel, le médecin joue un rôle clé dans la sensibilisation des populations. Cela passe par l’organisation et la supervision de campagnes de santé, la communication pour le changement de comportement lors de causeries éducatives (prévention des maladies, utilisation des services de santé, conseils sur le mode de vie), ainsi que par des interventions lors de cérémonies et de rassemblements communautaires.

Sur le plan préventif, les actions incluent la distribution de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (MILDA), la mise à disposition de moyens de contraception, ainsi que la vaccination, aussi bien en routine que lors de campagnes spécifiques.

Sur le plan administratif, le médecin assure la sécurisation du matériel hospitalier, la supervision du personnel et joue un rôle d’interface entre les autorités administratives et les autres acteurs de santé.

Sur le plan curatif, la prise en charge est multidimensionnelle :

  • Soins infirmiers (prise de paramètres, examens de laboratoire, administration des traitements) ;
  • Consultations médicales, suivi des patients hospitalisés ou à domicile ;
  • Prise en charge orthopédique à travers des séances de kinésithérapie et des conseils d’hygiène de vie ;
  • Activités gynéco-obstétricales, allant des consultations prénatales aux accouchements les plus complexes ;
  • Actes chirurgicaux, de la petite chirurgie (comme la circoncision) à des interventions majeures telles que l’hystérectomie.

OBSTACLES ET DIFFICULTES DU QUOTIDIEN.

L’exercice médical en zone reculée est jalonné de défis majeurs. Le plateau technique est souvent quasi inexistant, avec une absence ou une insuffisance de médicaments, d’équipements et de dispositifs médicaux adaptés. Le personnel d’appui n’est pas toujours suffisamment qualifié.

La précarité et la promiscuité constituent également des freins importants, limitant la capacité à poser des diagnostics précis, à assurer des traitements adéquats et à garantir un suivi efficace après les soins.

Par ailleurs, le faible niveau de scolarisation et certaines pratiques sociales entravent l’implication réelle des patients dans leur propre prise en charge. Cela conduit parfois au recours à des méthodes non conventionnelles, voire à des situations limites sur le plan déontologique, dans le but d’obtenir un résultat satisfaisant.

Enfin, le médecin lui-même reste un être humain. Il fait face à des difficultés personnelles et émotionnelles qui sont bien souvent reléguées au second plan en raison des exigences de sa mission. C’est ainsi qu’il est parfois obligé de se séparer de sa famille pour aller seul dans son lieu d’affectation à cause de l’absence d’établissement, de domiciles appropriés à leur standard et de la disponibilité d’une alimentation variée.

Prenons le cas de la localité de Touroua dans la région du Nord Cameroun : il s’agit d’une localité où le seul établissement secondaire disponible est fait de deux salles de classes construites en paille, dans laquelle les parpaings servent de bancs aux élèves ; les domiciles qui y sont construits ont rarement des toilettes individuelles et ainsi il faut partager les mêmes toilettes avec une dizaine de maisons ; le marché étant périodique (parfois une fois la semaine), les aliments disponibles sont beaucoup plus des légumes séchés, poissons et viande séchés, des aliments en conserve, quelques tubercules tels que la patate et des farines (mil rouge, maïs, riz). Les déplacements dans cette zone est limitée car les véhicules sont absents et les transports pour la zone se font de manière sporadique, à des montants coûteux, avec des routes pratiquement inaccessibles en saison pluvieuse. Tout ceci a un impact négatif sur sa vie de famille, de couple et même sur le plan économique.

Être médecin en Afrique, et plus particulièrement en zone reculée, est un véritable défi. Malgré les nombreux obstacles, le praticien se doit de rester concentré sur ses objectifs, guidé par l’engagement et la résilience. La santé des populations éloignées demeure un enjeu majeur de santé publique. Chaque jour, les médecins sont à la fois sur tous les fronts, cherchant inlassablement des solutions pour améliorer la qualité de vie et l’accès aux soins de ces communautés souvent oublié.

Dr TIKI YVES

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